Coup de coeur

Coup de coeur

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cvt_une-bouche-sans-personne_102Un homme à la vie sans relief – comptable, célibataire, dont le principal loisir est de passer ses soirs dans un bar pour jouer aux cartes et refaire le monde avec deux autres habitués – cache un secret intrigant. Il ne quitte jamais et sans aucun prétexte l’écharpe derrière laquelle, de manière obsessionnelle,  il cache sa bouche. Quelle difformité cache t-il ? Un jour, il décide de raconter, dans le bar, à ses amis. Mais un public de plus en plus nombreux se presse pour l’écouter. Le récit de son enfance, distillé au goutte à goutte, soir après soir, prend un tour irréel et fantaisiste…

Un premier roman réussi, poétique, drôle, touchant. Certaines pages sont vraiment réjouissantes. Une jolie découverte.

A découvrir aussi par la même occasion : la jeune et indépendante maison d’édition Aux Forges de Vulcain

Un auteur et un éditeur à suivre…

A lire et emprunter bien sûr dans votre médiathèque.

Catherine

 

Coup de cœur

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avril-briseConnaissez-vous l’auteur albanais Ismail Kadaré ?

Si ce n’est pas le cas, lisez vite Avril Brisé, son chef-d’œuvre, mon coup de cœur absolu de ces dernières années.

Dans les montagnes albanaises, le jeune Gjorg hérite d’une vendetta qui touche sa famille depuis plusieurs décennies : il doit tuer un homme pour venger la mort de son frère, puis se soumettre à son tour à une nouvelle reprise du sang. Traqué, sa seule possibilité d’échapper à une mort certaine qui le saisira un jour au détour d’un chemin, est de se réfugier dans une tour de claustration. Dans le même temps, un jeune couple en voyage de noces visite cette région aux traditions tellement éloignées de la vie moderne de Tirana. Il est écrivain et animé par la curiosité pour cette loi ancestrale du talion. Elle ne comprend pas cette fascination et est révoltée par cette tradition. Elle finira par s’immiscer, forcement de manière tragique, dans le destin de Gjorg.

Kadaré est le premier auteur à abandonner la vision romantique de la vendetta et de ses prétendus héros, pour en montrer toute l’absurdité et l’horreur. Il apostrophe son personnage, le jeune marié : « vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez les motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c’est une beauté qui tue. »

Ecrit en 1978, ce récit qui se déroule en 1930 est d’une beauté intemporelle.

Ce roman est disponible bien sûr à la Médiathèque.

Catherine

Au gré des flots (de musique)

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320px-SoA2010_8_VasconcelosDans un groupe de musique, souvent on se souvient du ou des héros qui occupent le devant de la scène. A l’arrière, dans la pénombre, la section rythmique (basse/contrebasse et batterie/percussions le plus fréquemment) martèle inlassablement les fondements sur lesquels vont se déployer les facéties des solistes.

En d’autres termes, le batteur/percussionniste, c’est le taulier, c’est celui qui « garde la boutique ». Il assure la trame, sans faillir, de la musique qui se déroule. On n’y prête rarement attention, et pourtant, si l’on enlève la rythmique, la musique s’affadit et plus rien ne sonne vraiment. Après la seconde guerre mondiale, le langage contemporain d’une part et l’intérêt pour les musiques d’ailleurs des années 60 d’autre part, ont intégré avec bonheur la variété et la richesse du vocabulaire percussif, extrêmement virtuose et technique.

La moisson printanière de la camarde vient de nous ôter un musicien d’exception.

 

Archange du berimbau, cet arc musical apporté d’Afrique australe aux Amériques avec les esclaves, « Nana » Vasconcelos est un percussionniste qui a ouvert en grand les portes et fenêtres de la « boutique » musique. Il y a fait entrer les étoiles, les planètes et le soleil, les embruns de l’Atlantique sud qui baigne Recife – sa ville natale – et les plumes des oiseaux de l’Amazonie.

Accompagnateur de Gal Costa, Milton Nascimento et de Gilberto Gil, c’est grâce au saxophoniste argentin Gato Barbieri  que le monde du jazz le découvre au début des années 70. Son premier enregistrement sous son nom, Africadeus, se fera grâce à Pierre Barouh, fondateur du label Saravah et fou amoureux du Brésil.

Les collaborations prestigieuses vont s’enchaîner, notamment avec les musiciens du label ECM (Jan Garbarek, Pat Metheny, son compatriote Egberto Gismonti,…) et au sein du groupe Codona qu’il a fondé avec Colin Walcott et Don Cherry.

Les incessants allers-retours entre l’Europe des expériences et le Brésil de ses racines nourrissent son métissage musical et enrichissent sa palette expressive.

Musicien discret, il a su, par la panoplie impressionnante des « objets sonores » qu’il utilisait, apporter un climat, une poésie, une touche personnelle originale et inoubliable.

 

« Je travaille avec l’amère et fragile

matière de l’air

et je sais une chanson pour déjouer la mort –

errant ainsi je chemine vers la mer »

(Le Poids de l’ombre [extrait], Eugenio de Andrade).

 

Espérons que les courants portent longtemps l’âme et la musique de « Nana » Juvenal de Holanda Vasconcelos.

Pierre

 

Parmi la vingtaine de disques de la médiathèque auxquels Nana Vasconcelos a participé, on peut écouter :

Fenix, de Gato Barbieri ; Africadeus, chez Saravah ; Eventyr avec Garbarek ; Duas Vozes et Sol do meio dia avec Egberto Gismonti ; les albums de Codona ; et Saudades, sous son nom.

 

D’après une histoire vraie

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d-apres-une-histoire-vraie-de-delphine-de-viganDans un livre, certes sous-titré « roman », mais écrit à la première personne et dont la narratrice a le même prénom que l’auteur, le lecteur est en droit de se poser cette question : qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est inventé dans ce récit ? La vérité d’une œuvre littéraire n’a rien à voir avec sa fidélité à des faits avérés, vérifiables. En fait, qu’importe que tout cela se soit réellement passé. Tout est vrai, parce qu’on y croit, parce qu’on se laisse prendre, parce qu’on tremble pour Delphine, parce qu’on hait L. La vérité d’une œuvre littéraire n’est pas non plus la vraisemblance : quelle fadeur, quelle médiocrité derrière ce mot ! Même si certaines coïncidences semblent un peu grosses, on se laisse mener, et justement parce qu’on perçoit l’invraisemblance, on se dit qu’il se passe quelque chose dans ce récit qui échappe à la réalité, qui n’est pas simple maladresse fictionnelle. Tout est vrai, parce qu’on a envie d’en connaître le dénouement. Ou plutôt parce qu’on souhaite que cette histoire avec laquelle on passe nos soirées, nos moindres temps libres, n’ait pas de fin, qu’elle dure encore, qu’elle nous accompagne le plus longtemps possible. Et même quand on s’aperçoit que notre esprit a été manipulé, quand le doute s’immisce, on ne peut pas parvenir à en vouloir à Delphine. On a juste envie de lui dire merci.

D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan, a obtenu le prix Renaudot 2015.

Catherine

 

 

Noir c’est noir

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Pour les amoureux de la littérature dramatique voici deux livres qui ne vous laisseront certainement pas indifférent :

je me suis tue

« Du fond de sa cellule de la maison d’arrêt des femmes à Fresnes, Claire nous livre l’enchaînement des faits qui l’ont conduite en prison : l’’histoire d’’une femme victime d’’un crime odieux. Elle a choisi de porter seule ce fardeau. Les conséquences de cette décision vont se révéler dramatiques. Enfermée dans sa solitude, Claire va commettre l’’irréparable. Le mutisme sera sa seule ligne de défense, et personne, ni son mari, ni ses proches, ni la justice ne saisira ses motivations. »

Mathieu Menegaux accomplit un brillant exploit, avec son premier roman Je me suis tue, en nous narrant un sujet pas des moins tabous de notre société et plus particulièrement celui qui concerne les femmes. L’auteur n’a pas hésité à se mettre dans la peau d’une femme d’autant plus que le sujet du roman est purement féminin. Un pari audacieux pour l’auteur. Un vocabulaire simple mais efficace, une écriture fluide racontant les tourments de Claire jusque dans les tréfonds de son être. Un livre qui vous tiendra en haleine jusqu’à sa dernière page, avec son environnement exponentiellement glauque, une atmosphère angoissante et une empathie profonde envers celle-ci. Sa chute ne manquera pas de vous marquer l’esprit au fer rouge.

Je me suis tue de Mathieu Menegaux est disponible à la bibliothèque des adultes.

Vernon_Subutex_1_2Un roman d’un tout autre genre, celui qui signe le retour d’une femme trash. Rien que le titre annonce d’avance la couleur du texte…

Toujours sans langue de bois Virginie Despentes raconte l’histoire d’un certain Vernon Subutex,  un disquaire déchu du magasin « Revolver » qui, après des jours glorieux et insouciants, côtoie la faillite à cause de l’arrivée des nouveaux supports musicaux.

Blazé et sans argent, Vernon vit sous la tutelle d’un certain Alex Bleach, la nouvelle Star du rock qui lui paye tous ses impayés jusqu’à que ce dernier se suicide dans sa baignoire… Système D exige, Vernon vagabonde de logement en logement chez des amis par-ci des amis par-là dressant en filigrane une panoramique haut en couleur de personnage : un véritable cocktail !

Ame sensible, s’abstenir !

Vernon Subutex est une trilogie de Virginie Despentes (le troisième en cours de préparation ) est disponible à la bibliothèque des adultes.

Kévin

Les Deux cailloux

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les deux cailloux

Au cœur de la brousse africaine, au bord d’un paisible marigot où viennent boire les animaux sauvages, deux cailloux, l’un assez gros et l’autre pas gros du tout se chamaillent sans cesse.

Le plus gros se plaint de ne pouvoir voyager à travers le monde et le plus petit ne supporte plus les jérémiades de son voisin. Le génie du marigot désire retrouver la paix dans son petit paradis et décide de doter les deux cailloux de jambes pour qu’ils partent loin de là.

Tout à leur joie, nos deux compères courent tant et si bien qu’ils connaissent la fatigue et la faim. Alors qu’ils ont dû tuer des perdrix pour subsister, le gros caillou fait preuve de malhonnêteté et de méchanceté envers le plus petit qui, rouge de colère face à cette injustice, saute sur le gros caillou.

Celui-ci tombe sur la queue d’un serpent-python , qui mord un crapaud-buffle, sur lequel glisse un éléphant qui heurte la case d’une vieille femme chargée de bois…

Une cascade d’effets s’enchaîne jusqu’à menacer la vie de deux enfants du chef du village voisin. Ce dernier convoque chaque fautif qui se disculpe jusqu’aux deux cailloux qui se rejettent mutuellement  la faute et seront tous les deux punis.

Pour parfaire ce joli conte  où Françoise Diep nous transporte dans l’univers enchanté des griots conteurs, le texte est mis en images par Cécile Gambini qui représente avec humour et poésie cette Afrique mythique.

Martine

La part de l’autre

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la part de l'autre« La minute qui a changé le cours du monde est celle où l’un des membres du jury de l’École des beaux-arts de Vienne prononça la phrase « Adolf Hitler : recalé » ».

Le célèbre dictateur se présente pour les examens de sélection des Beaux-Arts de Vienne. Cependant…

« Adolf Hitler : Recalé ».

Trois mots lâchés, péremptoires… à la manière d’un obus éclatant en d’innombrables petits morceaux qui ne tarderont pas à se planter sur la peau de leurs victimes.

Et si le véritable coupable de cette guerre était ce bonhomme, aussi banal soit-il, qui prononce sans vergogne ce triumvirat de mot qui sonnera le glas de l’humanité tout entière ? Que serait-il passé si ce jeune Adolf était admis à l’école des Beaux-Arts ?

« Un homme se fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix ».

Eric Emmanuel Schmitt nous propose de découvrir un tout autre monde, une uchronie inquiétante mais pas moins intéressante, en parallèle sa biographie romancée avec comme point de départ la réponse au résultat de sélection. Ce roman ne vous manquera pas de vous faire froid dans le dos ! Tant sur sa vision de la réalité et de sa personnalité que sur la compassion de l’auteur vis-à-vis de l’artiste maudit que l’Histoire décrit comme l’homme le plus détesté de l’humanité.  En conséquence de quoi, l’auteur vous mettra en question sur vous-même, à l’identification même à cet homme à qui vous justifierez tous ses crimes.

Un roman à la fois tragique et romantique, fictif et palpable. Un contraste d’autant plus fort par l’alternation sémantique des deux histoires (celui d’Hitler le dictateur et Adolf H. l’artiste peintre) qui ne fera qu’accentuer le malaise à chaque instant entre le livre et le lecteur.

Et si nous avions tous une part d’Hitler en soi ?

La part de l’autre est un roman édité chez Albin Michel en 2001 et disponible en bibliothèque adulte.

Kévin