Au gré des flots (de musique)

Publié le Mis à jour le

320px-SoA2010_8_VasconcelosDans un groupe de musique, souvent on se souvient du ou des héros qui occupent le devant de la scène. A l’arrière, dans la pénombre, la section rythmique (basse/contrebasse et batterie/percussions le plus fréquemment) martèle inlassablement les fondements sur lesquels vont se déployer les facéties des solistes.

En d’autres termes, le batteur/percussionniste, c’est le taulier, c’est celui qui « garde la boutique ». Il assure la trame, sans faillir, de la musique qui se déroule. On n’y prête rarement attention, et pourtant, si l’on enlève la rythmique, la musique s’affadit et plus rien ne sonne vraiment. Après la seconde guerre mondiale, le langage contemporain d’une part et l’intérêt pour les musiques d’ailleurs des années 60 d’autre part, ont intégré avec bonheur la variété et la richesse du vocabulaire percussif, extrêmement virtuose et technique.

La moisson printanière de la camarde vient de nous ôter un musicien d’exception.

 

Archange du berimbau, cet arc musical apporté d’Afrique australe aux Amériques avec les esclaves, « Nana » Vasconcelos est un percussionniste qui a ouvert en grand les portes et fenêtres de la « boutique » musique. Il y a fait entrer les étoiles, les planètes et le soleil, les embruns de l’Atlantique sud qui baigne Recife – sa ville natale – et les plumes des oiseaux de l’Amazonie.

Accompagnateur de Gal Costa, Milton Nascimento et de Gilberto Gil, c’est grâce au saxophoniste argentin Gato Barbieri  que le monde du jazz le découvre au début des années 70. Son premier enregistrement sous son nom, Africadeus, se fera grâce à Pierre Barouh, fondateur du label Saravah et fou amoureux du Brésil.

Les collaborations prestigieuses vont s’enchaîner, notamment avec les musiciens du label ECM (Jan Garbarek, Pat Metheny, son compatriote Egberto Gismonti,…) et au sein du groupe Codona qu’il a fondé avec Colin Walcott et Don Cherry.

Les incessants allers-retours entre l’Europe des expériences et le Brésil de ses racines nourrissent son métissage musical et enrichissent sa palette expressive.

Musicien discret, il a su, par la panoplie impressionnante des « objets sonores » qu’il utilisait, apporter un climat, une poésie, une touche personnelle originale et inoubliable.

 

« Je travaille avec l’amère et fragile

matière de l’air

et je sais une chanson pour déjouer la mort –

errant ainsi je chemine vers la mer »

(Le Poids de l’ombre [extrait], Eugenio de Andrade).

 

Espérons que les courants portent longtemps l’âme et la musique de « Nana » Juvenal de Holanda Vasconcelos.

Pierre

 

Parmi la vingtaine de disques de la médiathèque auxquels Nana Vasconcelos a participé, on peut écouter :

Fenix, de Gato Barbieri ; Africadeus, chez Saravah ; Eventyr avec Garbarek ; Duas Vozes et Sol do meio dia avec Egberto Gismonti ; les albums de Codona ; et Saudades, sous son nom.

 

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