Marie-Hélène Lafon

Publié le Mis à jour le

MARIE-~1Dans cette campagne, ce « pays », les « étrangers » (ceux qui ne sont pas nés dans le village, voire dans le canton) ne sont pas les bienvenus. Les relations entre les autochtones, même entre les membres d’une famille, ne sont pas pour autant plus faciles. On est habitué à la rudesse de la vie, qui n’a d’égale que celle du climat. Et on se surveille, on se jalouse. On sent le regard par en dessous, qui observe sans rien dire mais n’en pense pas moins, le regard qui soupèse, qui juge, qui envie, qui prédit de mauvaises augures.

Dans ce pays, on ne sait pas communiquer, on retient tout en soi (ou on dit maladroitement, tout d’un coup, dans la confiance ou dans l’urgence, comme une bulle qui éclate). Et le lecteur sent sourdre quelque terrible secret de famille. Inceste, enfants illégitimes, adultère, morts non naturelles, origines des douleurs jamais nommées mais refoulées, suggérées, imaginées, fantasmées. Et toute la rancœur qui va avec. Il en pressent le danger. Il se dit que tout cela finira mal. Et dans cette tension permanente, il sent poindre le drame.

Bien que ou parce s’ils ne savent pas se dire, Marie-Hélène Lafon a beaucoup à écrire sur ses personnages, et on sent dans l’écriture rapide de son premier roman (Le soir du chien), hachée, sans fioritures, sans superflu, l’urgence de dire ces choses, comme dans un flot, un abcès crevé qui déverse son pue. Le style des romans suivants (L’Annonce, Les Pays, Les Derniers indiens, Joseph) est plus apaisé, moins aride, plus recherché, les phrases s’allongent, s’étirent, en de longs chapitres. Les mots sont choisis avec soin, des mots savants, qui éveillent l’attention et caressent l’oreille.

Chacun de ces romans, qu’il soit polyphonique ou construit en flashback, est étourdissant. Chaque regard, chaque retour, laisse un peu mieux comprendre ce que le précédent n’avait fait que suggérer, par petites touches mystérieuses, sans que les secrets ne soient entièrement dévoilés. Les personnages sont forts, marquants. Longtemps après avoir refermé le livre, on se souvient de Marlène, Annette, Nicole, Claire, Marie, Jean, Alice, Joseph…

Marie-Hélène Lafon écrit magnifiquement ce pays, ces paysans, avec un style qui est lui est propre. Et si son style évolue, son regard s’adoucit, elle reste fidèle à son thème de prédilection, le rude pays du Cantal – très précisément la vallée de la Santoire -, pour notre plus grand bonheur.

Marie-Hélène Lafon écrit ses origines. « Quand j’écris, je rejoins mon vrai pays, c’est très intestin, très organique, comme malaxer la viande. »(L’Express,‎ 1er septembre 2009). Née dans une famille de paysans du Cantal, lieu où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans, elle part ensuite étudier à la Sorbonne – expérience de déracinement qu’elle narre dans Les Pays -. Professeur agrégé de grammaire, elle enseigne le français, le latin et le grec, d’abord en banlieue parisienne, puis à Paris, où elle vit.

Catherine

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