The Sinking of the Titanic, de Gavin Bryars

Publié le Mis à jour le

twi92241°46’N & 50°14’W. Le 14 avril 1912 de 23h40 jusqu’au 15 avril 1912 à 2h20, il aura fallu 2h40 au Royal Mail Steamer « Titanic » pour entrer dans les eaux froides de l’océan Atlantique nord. Et aussi, dramatiquement, dans l’Histoire.

Gavin Bryars, contrebassiste et compositeur britannique, a voulu rendre hommage à l’orchestre du bord qui, sur les ordres du capitaine et tout le temps qu’a duré le naufrage, a continué à jouer sans interruption jusqu’à être à son tour englouti par les flots. Composée initialement en 1969, The Sinking of the Titanic évolue et s’étoffe à mesure que progresse la connaissance du drame. C’est donc toujours une oeuvre ouverte en développement.

Le projet musical tente d’explorer comment les sons et la musique de l’orchestre pouvaient être entendus et modifiés, altérés, transformés par la masse liquide. L’eau en effet, d’une certaine manière, est le personnage principal de ce poème symphonique, plus que le Titanic lui-même.

L’oeuvre commence par 4 coups de cloche, celle des bateaux bien sûr, qui est frappée pour avertir d’un danger, mais aussi le glas, celui des 1500 passagers qui périrent cette nuit-là.

Puis une mélodie très simple de notes arpégées, jouée à l’archet par la contrebasse et un ensemble de cordes. Ce motif musical sera présent tout au long de la pièce, ostinato matérialisant l’eau qui nous entoure, sans fougue et sans violence (ce n’est pas un  océan déchaîné) mais qui, inexorablement, va nous submerger. Sur un tempo très lent, car 52300 tonnes ne sombrent pas à la vitesse de l’éclair, Gavin Bryars installe magistralement un climat d’angoisse.

Cette nappe sonore est ponctuée de différents éléments soit extérieurs : voix humaines de survivants (6’10 ; 37’20) , soit intégrés à la partition et produits par des instruments : craquements (4’18 ; 10’15 ; 17’30),  goutte à goutte annonciateurs de rupture et de progression de l’eau (5’30 ; 7’08 ; 42’30).

Petit à petit, la sonorité de l’orchestre se « métallise » (percussions, métallophones, cuivres), les cordes passent à l’arrière-plan, le son s’assourdit, s’étouffe. Le mouvement de l’eau est traduit par l’intensité de la masse orchestrale, qui enfle et désenfle, et l’on palpe vraiment la force de l’eau.

Le compositeur, pour obtenir des effets sonores saisissants, joue beaucoup avec les sons harmoniques (sons complémentaires d’un son de base, non-joués volontairement par l’instrumentiste), comme si le « corps » du son principal était englouti.

La clarinette fulgurante et les cymbales accompagnent le Titanic qui bascule pour la dernière phase du naufrage (de 37′ à 40′).

La fin est proche, chaque instrument et/ou groupe d’instrument se fait entendre avant de repartir au fond du champs sonore, comme une dernière présentation, un dernier hommage avant la mort (52′).

La musique s’adoucit peu à peu, elle s’éloigne progressivement jusqu’à la fin de la pièce. Le Titanic a coulé.

The Sinking of the Titanic a été enregistré plusieurs fois sur disque. La version proposée ici a été captée à Bourges, dans un château d’eau, lieu choisi à dessein pour la résonance particulière qu’il génère.

Compositeur associé à la musique minimaliste, Gavin Bryars réussit le tour de force de nous embarquer dans ce drame et de nous faire plonger dans cette angoisse des passagers avec sa partition apocalyptique. Du grand art.

Pierre

[Les durées peuvent varier en fonction du matériel de lecture. Elles ne sont données ici qu’à titre indicatif].

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